This photo taken on December 10, 2018 shows people walking past a Huawei store in Beijing. - China's ambitious drive to dominate next-generation 5G technology faces a sudden reality check as fears spread that telecom companies like Huawei could be proxies for Beijing's intrusive security apparatus. (Photo by Greg Baker / AFP) / TO GO WITH China-US-telecommunication-diplomacy-Huawei-5G, FOCUS by Dan Martin
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Huawei cherche son salut en Afrique

La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine fait rage. Un palier a été franchi avec la décision du président américain, Donald Trump, d’interdire aux entreprises de son pays de vendre des équipements au géant chinois des télécoms, Huawei. Washington accuse le fabricant de smartphones d’être le cheval de troie des services de renseignements chinois.

Cette décision a eu des conséquences désastreuses pour le groupe chinois, puisque Google ne fournira plus à Huawei le système d’exploitation Android, intégré dans 85 % des smartphones. Dans le même sillage, Intel et Qualcomm, deux entreprises spécialisées dans la fourniture de puces électroniques, veulent aussi arrêter de collaborer avec Huawei. Des annonces qui font l’effet d’une bombe.

L’administration américaine a donné, pour l’instant, trois mois au groupe chinois. Le temps de lui permettre de s’adapter à ces restrictions. C’est donc la course contre la montre pour les dirigeants d’Huawei qui ont portés l’affaire devant les tribunaux américains. Ils jugent la décision de Donald Trump anticonstitutionnelle, et demandent son annulation. Huawei pourrait aussi lancer son propre système d’exploitation, pour ne plus dépendre d’Android, dès le mois de septembre.

Pris dans le tourbillon américain, Huawei risque aussi d’être boycotté, dans d’autres pays occidentaux. En France, les ventes ont commencé à décliner, elles auraient baissaient d’un cinquième depuis la résolution de Trump. En Grande-Bretagne et au Japon, alliés historiques des Etats-Unis, les grands opérateurs ont décidé de se passer de la firme chinoise, en attendant des mesures plus coercitives de leurs gouvernements respectifs.

Huawei est-il ébranlé ? Ce n’est pas totalement le cas. Dans cette guerre froide, version technologique, il y a aussi des alliés et des non-alignés. La Russie a, c’était prévisible, choisi son camp. Moscou a apporté son soutien à Pékin. Vladimir Poutine et Xi Jinping ont signé un accord qui prévoit le développement d’un réseau 5G et le déploiement de réseaux de cinquième génération, à partir de cette année. Et c’est, bien sûr, Huawei qui sera le maître d’oeuvre de ce vaste chantier.

Ligne de front

L’Afrique, aussi, sait où se trouve ses intérêts. L’Union africaine (Ua) a prolongé de trois ans l’accord de partenariat qui le liait à Huawei. La firme chinoise va ainsi continuer de fournir des équipements à l’organisation panafricaine. “Cette collaboration témoigne de la confiance continue de l’Union africaine envers Huawei”, a expliqué Philippe Wang, représentant de la société chinoise en Afrique du Nord. Pourtant, des techniciens informatiques avaient signalé, l’année dernière, des transferts de données du siège de l’Ua vers la Chine. Ce que les autorités chinoises avaient catégoriquement démenti.

Les échanges entre la Chine et l’Afrique ont atteint 49.7 milliards dollars au premier trimestre 2019. Dans le secteur des télécommunications, les entreprises chinoises ont construit plus de 50 réseaux 3G dans, au moins, 50 pays du continent, et en 2020, plus de 600 millions d’Africains auront un smartphone. Un énorme marché à pourvoir. La Chine est donc bien installée sur le continent et veut rester le “partenaire stratégique de la numérisation de l’Afrique”. D’ailleurs la technologie 5G sera lancée lors de la Coupe d’Afrique qui se déroulera en Egypte du 21 juin au 19 juillet 2019.

L’antagonisme entre les Etats-Unis et la Chine aura à coup sûr des répercussions dans les autre parties du monde. Chacun cherchera à trouver ses partenaires privilégiés pour faire bloc face à son adversaire. L’enjeu reste la première place de l’économie mondiale. Une affaire de concurrence, mais aussi de géopolitique, qui engage la planète entière, comme il y a plusieurs décennies déjà lorsque la guerre froide traçait une ligne de démarcation entre le camp de l’Ouest, pro-américain et celui de l’Est, pro-soviétique. Ce qui change dans ce nouveau rapport de force, c’est l’entrée de l’Afrique dans la mondialisation. Et dans la relation conflictuelle qui oppose Washington et Pékin, le continent a clairement montré sa préférence. L’Afrique veut un allié qui comprend le mieux ses aspirations et qui lui est profitable. Pour le moment, la Chine tient le bon bout.