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Lucha, la voie d’un Congo nouveau

Un nom qui chante. On entend presque les plaintes des guérilleros dans les contreforts des Andes. Mais ne vous y trompez pas. Si l’expression, “Lucha”, semble renvoyer, par sa sonorité, à un groupe révolutionnaire sud-américain, il n’en est rien. Non, ce n’est pas une histoire de maquis, d’Amazonie et de guérilleros. La Lucha est un mouvement qui lutte pour le changement politique et social. Et il s’agit du destin du Congo Kinshasa.

La Lucha milite pour l’avènement d’un Congo nouveau, uni, libre, paisible et prospère dont les filles et fils intègres et consciencieux assument leur pouvoir citoyen de réaliser la dignité humaine et la justice sociale, pour la nation et la postérité, clame l’organisation sur son site internet.

La lutte pour le changement (Lucha) a été créée en 2012 à Goma. Depuis, la stratégie de lutte pacifique, mise en oeuvre, a payé. Presque. Le Congo a vécu une alternance politique, avec l’élection de Félix Tshisekedi à la place de de Joseph Kabila en janvier 2019. Une victoire biaisée par les soupçons de fraudes, mais qui est un petit pas vers la démocratie. C’est que le Congo part de loin. Le pays a vécu la barbarie, sous l’occupation belge. Meurtres, travaux forcés, mutilations. Une période atroce. De dépossession et de déshumanisation.

Après l’accession à la souveraineté internationale du pays, Pascal Lumumba, panafricain convaincu et chantre de l’indépendance intégrale a été brutalement évincé, puis assassiné. Cette histoire, de joug et d’humiliation a hanté les Congolais pendant plusieurs décennies. Le règne interminable et tyrannique de Mobutu est venu mettre définitivement le Congo à genou.

Le clan Kabila, le père Laurent-Désiré puis le fils Joseph, qui portait au début des espoirs de changement, n’a pas su redresser ce gigantesque pays d’Afrique Centrale. 22 ans d’accaparement du pouvoir avec son lot de malheurs. Corruption, pauvreté, guerres fratricides, pillages, meurtres, viols. Tel a été le tableau triste d’un pays qui allait de dérive en dérive. Dans la conscience populaire, le Congo resste encore un “accident géologique”. Il demeure, encore aujourd’hui, ce sentiment amer, que rien ne peut arrêter cette course sans fin vers la déchéance. 

Une nation hantée ? Il est difficile de parler du Congo sans penser à la tragédie permanente qui s’y déroule, à ce que certains ont appelé “la malédiction des matières premières”, aux conflits dans le Nord-Kivu, aux pandémies meurtrières. Il fallait impérativement un sursaut pour engager un projet d’émancipation. Il est venu de la jeunesse. Cette jeunesse longtemps laissée-pour-compte, sans perspectives d’avenir. Elle s’est fixée un objectif : construire “un Congo nouveau, essentiellement bâti sur des valeurs de justice et de dignité”.

Les enfants de Lumumba

Les mouvements citoyens africains veulent en finir avec les dirigeants grabataires, les souffrances des populations, la gabegie, les inégalités. Tous ces maux qui ralentissent l’essor de l’Afrique. En cela, ils constituent les héritiers de Sankara, de Lumumba et de Mandela. Lucha s’inscrit dans cette veine. Le mouvement regroupe des jeunes connectés qui en ont marre de voir leur pays, défiguré par la misère, entre les mains de politiciens véreux. Avec Filimbi, la Lucha forme l’avant-garde de la jeunesse congolaise engagée. Malgré les brimades et les exactions subies, l’organisation continue son combat, pour la liberté et la prospérité du Congo.

Notre conception de la dignité humaine est (…) fortement inspirée de la philosophie africaine ubuntu. La dignité humaine suppose que toute personne est considérée, individuellement et/ou collectivement, en tant qu’homme et accède à un environnement propice à son épanouissement personnel et/ou collectif et au minimum pour vivre décemment.” C’est cet élan de liberté qui porte le mouvement. Le Congo en a besoin, pour des lendemains qui chantent.