in , , , ,

Repats : le pari du retour en Afrique

Ils sont nés en Afrique ou sont originaires du continent. Ils rentrent, poussés par une grande motivation : celle de participer à l’essor de leurs pays. Les jeunes expatriés Africains sont de moins en moins charmés par le rêve occidental. D’autres utopies, plus grandes et plus fortes meublent leurs esprits. Quand rentrer en Afrique devient un impératif catégorique. Le petit roman des « repats».

L’Afrique a été représentée, pendant longtemps, par une mosaïque triste et affligeante. La misère, la guerre, la faim. Des portraits humiliants, qui ont mis à mal l’image de tout un continent et plongé des générations entières dans le désespoir et l’afro-pessimisme. Ce fut, alors, un temps long et lassant où aucune perspective de réussite et d’espérance ne pouvait être associée au continent. La dépréciation de l’homme Africain, le déclassement de l’Afrique avaient fini de de couper les graines de l’espoir. Il fallait alors tourner le regard vers les prairies occidentales. C’est ainsi que les Africains, pendant plusieurs décennies, sont partis en masse en Europe ou en Amérique du Nord. Ce fut le début de ce qu’on a appelé la « fuite des cerveaux ».

Sous cette terminologie, on retrouve une réalité longtemps fâcheuse pour le continent. L’expression « fuite des cerveaux » correspond, en effet, à l’immigration des élites africaines qualifiées vers l’Occident. Une hécatombe pour le continent, qui s’est retrouvé amputé de ses intelligences les plus fécondes. Cette tendance reste encore lourde. Un peu plus de 20 000 travailleurs Africains quittent encore le continent chaque année et l’Afrique débourse 4 milliards de dollars pour recruter une expertise étrangère et ainsi pallier le mal.

La mobilité des talents africains n’a pas que des côtés négatifs. Elle a permis à une élite africaine de connaître le monde et de se confronter à d’autres cultures. Cela a apporté un vent de fraîcheur et des vœux d’émancipation. Les étudiants africains, en Europe, lors des années 1940-1960, ont été les fers de lance de la décolonisation et des Indépendances. Ils ont porté le combat de la libération des peuples du continent.

Pourtant, le « Soleil des indépendances » apporta des rayons hostiles. Les déchirements ne tardèrent pas à arriver. Les pères des Indépendances n’ont pas pu gagner la bataille de la réhabilitation politique et économique du continent. La déception fut grande. La seule issue qui s’offrait à la jeunesse était celle de l’aventure vers l’eldorado occidental. Il fallait partir. Surtout dans les années 1980 après les programmes d’ajustement structurel prônés et dictés par les institutions de Bretton Woods, qui ont profondément miné les économies nationales. Laissée à elle-même par des politiques sans imagination, incapable de prendre à bras-le-corps les immenses défis qui les bousculaient, la jeunesse africaine a voulu trouver ailleurs ce qu’elle n’avait pas chez elle : le confort et la liberté. Elle s’est ainsi frottée aux politiques migratoires sévères de l’Occident. C’était la fin des espérances. The Economist titrait à sa Une en mai 2000 : « L’Afrique, le continent désespéré ». La calamité poursuivait le continent.

Puis un souffle nouveau arriva. Et The Economist changeait de perspective en affirmant en décembre 2011 que l’Afrique était le continent de l’espoir. Si des raisons économiques ont guidé pendant longtemps, le choix de l’expatriation de beaucoup d’Africains vers l’Europe et l’Amérique du Nord, un autre schéma, cette fois-ci émotionnel, justifie en grande partie le retour depuis quelques années des Africains de la diaspora. Rentrer en Afrique devient un choix de vie, l’option du cœur. L’expression consciente volontaire et ostentatoire d’un idéal. Le mouvement de retour a été déclenché par les premières alternances politiques dans le continent, au début des années 2000.

Nombreux furent les jeunes qui décidèrent volontairement, après leurs études ou rompant une pige professionnelle en Occident de revenir dans leurs pays. Appelés « repats » ou « returnees », ils n’ont qu’un seul rêve : changer l’Afrique. Bâtir des nations prospères. Pour cela, ils entreprennent, ils créent. Se lançant corps et âmes dans la reconstruction du paradis perdu. Ils apportent une énergie de créativité et constituent un potentiel énorme qui, bien utilisé, peut véritablement contribuer au renouveau du continent.

Selon une enquête du think thank « L’Afrique des idées », 75% des africains de la diaspora qui comptent rentrer veulent s’investir dans l’essor du continent. Plusieurs raisons fondent le retour des « repats ». Ils rentrent pour éclore économiquement, travailler dans les multinationales qui cherchent des hauts cadres locaux, ou simplement à cause du climat raciste de plus en plus prégnant en Europe et aux Etats-Unis.

L’idéal panafricaniste explique aussi le  »retour au pays natal », pour paraphraser Aimé Césaire. Le panafricanisme renvoie à la volonté politique de créer une Afrique fédérale et au-delà, à l’union de toute la diaspora africaine. C’est une énergie de solidarité et de fraternité qui a toujours accompagnée l’intelligentsia africaine. Ce vent très fort, d’abord d’émancipation, ensuite de communion des destins, a toujours eu une influence sur les consciences africaines. Elle est le lien filial entre la jeunesse de la diaspora et celle du continent. Toute aventure est aussi un voyage intérieur et ceux qui partent connaissent plus que les autres le profond déchirement qui suit le départ. La solitude est un puissant catalyseur d’espérance. Elle charrie aussi de doux rêves.

Les pays d’Afrique anglophone sont les plus concernés par le phénomène des « repats ». Ce sont des pays où l’exubérance de la réussite ne dérange personne. L’un des grands champions économiques du Nigéria, le milliardaire Aliko Dangote n’a pas tort d’affirmer qu’  »une nouvelle Afrique a émergé des cendres du passé et prend de l’ampleur. Beaucoup semblent avoir pris un peu connaissance de cette révolution silencieuse qui déferle sur l’Afrique. Il y a un optimisme croissant partout ». Tony Elumelu, un autre Nigérian a lancé un programme de soutien aux jeunes entrepreneurs d’Afrique doté de 100 millions de dollars sur 10 ans. Son objectif est de « faire monter en puissance une génération » d’Africains, explique le milliardaire. Un effort de mentorat et d’accompagnement qui peut profiter à toute la jeunesse africaine, même celle de la diaspora.

L’Afrique francophone suit le rythme. Le gouvernement ivoirien, sous l’impulsion du président Alassane Dramane Ouattara, tente de convaincre les talents de la diaspora de participer aux efforts de redressement du pays. Le président ivoirien, qui prône l’excellence à tous les niveaux de l’Etat, a ainsi fait appel à beaucoup de cadres de la diaspora pour diriger des départements ministériels et des institutions publiques. Au Sénégal, des jeunes « repats » se sont organisés et ont créé une association dénommée « Sénégal Network- Back to Galsen », dont le but est de promouvoir le retour des expatriés sénégalais, principalement des diplômés de la diaspora. L’association met à leur disposition des informations et s’engage pour leur réinsertion. La jeunesse africaine retourne en Afrique. Cela tombe bien, le continent a besoin, plus que jamais, de toutes ses intelligences pour tenir ses promesses.