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Le Maroc tourne son regard vers l’Afrique subsaharienne

Depuis son accession, en 1999, sur le trône du Royaume chérifien, Mohammed VI souhaite rattraper le temps perdu avec l’Afrique. Sur le plan économique surtout. Pour cela, le roi ne lésine pas sur les moyens. Tous les leviers politiques sont mis à contribution.

C’était en tant qu’invité que Mohammed VI s’était rendu à Addis-Abeba, en Ethiopie, lors du 28e sommet de l’Union africaine (Ua), qui s’était déroulé fin janvier 2017. Le Maroc ne faisait plus partie, depuis 32 ans, de l’organisation panafricaine. A la fin du conclave, les dirigeants du continent recevaient favorablement la demande d’adhésion du Maroc. En réintégrant la grande famille africaine, le Royaume chérifien renouait ainsi avec ses racines africaines et obtenait une carte importante pour développer ses échanges économiques, déjà florissants, avec le reste du continent. Le retour du Maroc ne fut certes pas facile. Il aura fallu une décennie de combats diplomatiques acharnés pour venir à bout des dernières réticences. Notamment du voisin algérien, et de la puissance continentale, l’Afrique du Sud. Finalement, c’est sans conditions et à l’unanimité, sans vote, que les membres de l’Ua ont accepté la demande du Maroc.

C’est Hassan II, le père de l’actuel roi qui avait signé le décret de sortie, en novembre 1984, du Maroc de l’Ua. Cette décision avait été prise suite à l’intégration de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) dans l’organisation panafricaine. Le défunt souverain avait reçu cette démarche des dirigeants africains de l’époque comme un affront. Le Maroc considère, aujourd’hui encore, la RASD comme partie intégrante de son territoire. Pourtant, le Maroc avait pleinement participé, le 25 mai 1963, à la fondation de l’Organisation de l’unité africaine, devenue l’Union africaine. Sa réintégration au sein de l’Ua crée une situation inédite. Le Maroc va siéger à Addis-Abeba, la capitale du panafricanisme, parmi les 55 membres, en même temps que la RASD. Ce qui peut, éventuellement, permettre la résolution pacifique des relations entre les deux entités.

Des visites stratégiques. La réintégration du Maroc était, d’abord, une victoire diplomatique pour le pays. Mohammed VI avait parcouru le continent, de long en large, pour obtenir le soutien des dirigeants africains. Au cours de l’année 2016, il avait effectué des tournées diplomatiques dans différents endroits, pour réaffirmer sa ferme volonté de retrouver la grande famille africaine. Un périple de 40 200 km, l’équivalent du tour de la terre, qui avait mobilisé une délégation de 500 personnes dont 450 hommes d’affaires. Le dessein du Maroc était de devenir, par tous les moyens, une puissance économique à l’échelle continentale. Mohammed VI a toujours eu une  vision sud-sud, de co-développement, et il entend le mettre en œuvre. “Il est bon le jour où l’on rentre chez soi après une longue absence”, affirmait le souverain après le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine.

Le Maroc cherche aussi, depuis deux ans, à intégrer la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui regroupe 15 Etats membres, et dont l’objectif est de coordonner les actions des pays de l’Afrique de l’Ouest et de promouvoir l’intégration économique et monétaire de la zone. Le royaume cherche ainsi a accentué sa présence sur la scène africaine. La zone Cedeao comprend le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée Conakry, la Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire, le Libéria, le Mali, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo. L’organisation sous-régionale a déjà instauré la libre circulation des personnes et des marchandises. Elle va, en outre, mettre en place une monnaie unique avant 2020. Elle compte actuellement 320 millions d’habitants. Son PIB, estimé à 700 milliards de dollars en fait incontestablement une puissance mondiale. Si la Cedeao accepte la demande d’adhésion du Maroc, l’organisation deviendra la 16e puissance planétaire, devant la Turquie. Le Royaume chérifien a aussi intégré la Zone de libre échange continentale africaine (Zleca), avec ses 2500 milliards de dollars de Pib cumulé et ses 1,2 milliards de consommateurs.

Nouvelle aube. Le Royaume chérifien veut pleinement profiter des facilités fiscales et douanières instaurées dans les zones économiques continentales. Les entreprises marocaines sont déjà à pied d’œuvre, depuis plusieurs décennies sur le continent. Elles ont compris, depuis longtemps, qu’il fallait chercher la croissance en Afrique subsaharienne. Sur le continent, le Maroc est en pole position dans les secteurs de l’innovation, des banques, des assurances, de la logistique, des infrastructures, de l’immobilier, des télécoms, du tourisme et de l’agro-alimentaire. L’Afrique devrait constituer un eldorado pour les entrepreneurs du pays.

Le Maroc arrive à la deuxième place dans le classement des investisseurs africains. Les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne ont été multipliés par 4 en 10 ans. Les flux ont atteint 4 milliards de dollars entre 2004 et 2014, soit 6,5 % des échanges extérieurs du Maroc. Un volume en deçà du potentiel que peut offrir le marché africain. Des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée Conakry et la Mauritanie commercent déjà beaucoup avec le Maroc. Et dans certains pays d’Afrique francophone, le Maroc veut carrément damner le pion à la France. En Côte d’Ivoire, les sociétés marocaines constituent 22 % des entreprises agréées par le Centre ivoirien de promotion des investissements, loin devant la France dont les entreprises ne représentent que 16 %.

Des problèmes existent encore dans les relations entre le Maroc et le reste de l’Afrique subsaharienne, notamment l’accueil des expatriés et des étudiants noirs et le racisme encore prégnant dans le pays, comme dans nombre de territoires arabes. Mais le printemps est déjà arrivé. L’Afrique connaît un boom économique qui contraste avec la morosité mondiale. Sa population sera de 4 milliards en 2040, dont 1,1 milliards d’urbains et en 2050, 21 % de la main d’œuvre mondiale sera issue du continent. L’intégration régionale et l’ouverture du marché continental sont des opportunités pour les opérateurs économiques. Des perspectives alléchantes, que le Maroc n’a pas tardé à comprendre Il revient aux pays d’Afrique Noire d’être plus exigeants avec le Royaume chérifien, en ce qui concerne le respect de leurs ressortissants. L’Ua a un rôle central à jouer. Elle doit rappeler au Maroc, qu’elle est d’abord africaine et qu’elles doit accorder l’hospitalité et la protection aux citoyens des autres pays du continent.