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Le féminisme et l’Afrique

Aujourd’hui, en Afrique, une femme qui se dit “féministe” est tout de suite perçue comme une frustrée occidentalisée qui se bat contre tout et tout le monde. L’idée même d’un féminisme négro-africain semble être contradictoire. Et pourtant, la conscience matriarcale a toujours existé sous nos cieux.

Les sociétés Matriarcales d’Afrique

abla pokou

Dans L’Unité culturelle de l’Afrique noire, Cheikh Anta DIOP affirme que les sociétés africaines étaient essentiellement matriarcales : les femmes avaient le pouvoir politique, économique et religieux.

Chez les Touareg ou les Bamiléké de l’ouest du Cameroun par exemple, les souverains sont toujours issus de la branche maternelle, de même que le peuple Baynounk du Sud du Sénégal.

Aussi, dans la conception Mandingue et Balante, la parenté est déterminée selon des règles propres au matriarcat :

– En Mandingue : “Mbadigho” signifie l’enfant de ma mère pour désigner son frère ou sa sœur.
– En Balante : “Biyada”(enfant de ma mère pour indiquer son frère ou sa sœur).

Cette conception se justifie dans le fait que la femme donne une partie de son être pour que son enfant soit. En plus de cela , le lait maternel a toujours été considéré comme sacré car déterminant le caractère du nouveau né.

Amadou Hampâté B ce “diplômé de la grande université de la parole enseignée à l’ombre des baobabs”, nous enseigne que l’homme est considéré dans la culture peulh comme un sementeur distrait, alors que la mère est comme l’atelier divin où le Créateur travaille directement sans intermédiaire, pour former et mener à maturité une vie nouvelle. C’est pourquoi en Afrique, la mère est respectée voire même vénérée.

D’ailleurs, l’adage malien ne dit-il pas que « Tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, nous le devons une fois seulement à notre père, mais deux fois à notre mère ».

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Ces Femmes qui ont bâti la Terre-mère

afro féministe

Impossible d’écrire ces lignes sans penser à Ndaté Yalla, la première figure de résistance lors de la colonisation des français en 1855, elle gouvernait à l’époque le royaume du Walo ; Aline Sitoé Diatto héroïne de la résistance face à la puissance coloniale à seulement 22 ans sans oublier les amazones de l’ancien royaume du Dahomey.

Parallèlement à cela, Les souverains des royaumes wolofs portaient le titre de « Brack », et leurs mères ou sœurs étaient appelées « Linguères ». Elles pouvaient leur succéder et certaines dirigeaient elles-mêmes leur armée.

Qui ne se souvient pas de la grande royale dans l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou KANE, un personnage ayant réellement existé et qui a fait preuve d’un leadership avéré. Elle était respectée et écoutée dans une société en pleine mutation.

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Le féminisme africain aujourd’hui

Afrofeminista

Le féminisme devrait être vu comme un ensemble car il s’agit d’une valeur universelle. Il s’agit ainsi de rendre la dignité à toute personne opprimée ou oppressée et il faut dire que c’est souvent les femmes qui sont dans cette situation, réduites à des objets ou à des êtres inférieurs.

Pour riposter elles font tout pour être comme des hommes et en passant perdent leurs spécificités. Pourtant dans un monde normal il n’aurait été question que de complémentarité, chacun apportant sa pierre à l’édifice de la société.

Ndeye Fatou KANE, écrivaine et auteur de “Vous avez dit féministe” dans une interview accordé au magazine le point Afrique revient sur la particularité d’un féminisme africain car dit-elle : “En Afrique, le féminisme, c’est l’insulte suprême.C’est être forcément occidentalisée, être du côté de la France ou même de l’Amérique, etc. Alors que non, nous voulons être un pur produit local, sénégalais, béninois, camerounais, mais être aussi ouvertes sur le monde”.

Des écrivaines avant sa génération ont également joué un rôle essentiel en ce sens. Il s’agit là de Marie-Angélique Savané, Awa Sarr ou Fatou Sow. Leurs combats portaient principalement sur l’autonomisation des femmes et le maintien des filles à l’école.

Seulement, il y a toujours du chemin à faire car il y’a encore des femmes excisées et contraintes de se marier. Aussi, dans notre propre conscience nous sommes toujours dans une sorte de rivalité homme-femme, ce qui reviendrait donc à toujours se mesurer à la suprématie masculine ou féminine.

Il y aura encore du chemin à faire tant que la femme ne sera pas vue en tant qu’être à part entière avant d’être une épouse ou une mère. Il y aura toujours du chemin à faire tant que nous ne parlerons pas de nous-même, par nous-même.

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