Didier Drogba, George Weah, Samuel Eto'o
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Drogba, Eto’o, Weah : Footballeurs et prophètes

Aujourd’hui nous nous penchons sur trois des plus grands footballeurs du continent. Leur influence a transcendé le football. Des héros en dehors du terrain.

Avec la pandémie mondiale de coronavirus qui met le football à genoux, on se pose des questions existentielles quant à sa pertinence réelle au sein de la société.

Si le football européen a pu jusqu’à présent s’isoler des problèmes du monde, le football africain a toujours été un produit de son environnement, des joueurs jusqu’aux administrateurs.

De son style de jeu unique, quelque peu insouciant, qui puise dans la gaieté avec laquelle de jeunes enfants tapent dans des chiffons en forme de balle dans des rues poussiéreuses, à la corruption dans les fédérations nationales, au manque de vision chez les dirigeants et aux complots de couloirs à la Caf, c’est un monde passionnant dans tous les sens du terme.

Mais le foot africain, c’est surtout de belles histoires, et des réussites immenses. Ainsi, certains joueurs se distinguent par leur succès sur la scène internationale et au niveau des clubs.

Ce statut d’idole des fans leur permet d’atteindre un niveau élevé de responsabilité sociale, et signifie également qu’ils sont souvent les mieux placés pour provoquer des changements critiques. Notamment en utilisant leur visibilité pour attirer l’attention sur les cas d’inégalité et d’injustice dans nos sociétés.

Weah : le leader-né

Lorsque l’ancienne star de l’AC Milan et du Paris Saint-Germain, George Weah, a annoncé pour la première fois son intention de se présenter à la Présidence du Libéria en 2005, cela n’a absolument pas surpris.

Le fils le plus célèbre de son pays (le seul Africain à avoir été nommé meilleur footballeur de l’année par Fifa), a eu un succès fou qui l’a élevé au rang de guide pour le peuple libérien.

Didier Drogba, George Weah, Samuel Eto'o

En 1997, le Liberia sort d’une guerre civile sanglante de huit ans et est plongé dans de nouveaux combats deux ans plus tard. Lorsque la paix a été définitivement conclue, en 2003, environ un quart de million de personnes avaient perdu la vie.

Un mal encore plus insidieux durant la guerre a été l’utilisation d’enfants soldats en violation du droit international. Le Front national patriotique du Liberia (NPFL) de Charles Taylor s’est mis à enrôler des préadolescents, à les droguer et à les torturer, et à les forcer à porter des armes. Dans de nombreux cas, ils allaient même jusqu’à retourner ces armes contre leurs propres villages. Les autres factions en guerre ont également adopté cette pratique. Selon les estimations des Nations unies (ONU), plus de 10 000 enfants ont été impliqués dans les guerres.

Après la cessation des hostilités, il était nécessaire de désarmer ces enfants marqués et de les réinsérer dans la société. En 2004, George Weah s’est rendu au Liberia en sa qualité d’ambassadeur de l’UNICEF et a rencontré les anciens enfants soldats, les encourageant à retrouver une vie normale. Il s’est ensuite adressé aux Nations unies, appelant à un soutien accru pour contribuer aux efforts de désarmement.

« Ils sont prêts à aller à l’école, mais nous avons besoin des installations nécessaires pour qu’ils puissent aller à l’école. Plus nous donnons, plus nous offrons un héritage, un avenir, à ces enfants par le biais de l’éducation. Je sais que ce n’est pas une tâche facile, mais ce n’est pas impossible ».

Ses plaidoyers passionnés ont joué un rôle crucial en mettant en lumière les horreurs que le Liberia a endurées, ainsi qu’en traçant la voie de la guérison et du rétablissement national.

Eto’o : celui qui combat l’injustice

Si la carrière réussie de Samuel Eto’o mérite toutes les adulations, il s’est également distingué par sa vision et ses causes humanitaires.

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Personnellement, Eto’o a été à l’avant-garde de la lutte contre le racisme, surtout pendant son séjour à Barcelone. À un moment donné, il a demandé que sa famille n’assiste plus aux matchs, tellement il s’inquiétait de l’effet que cela aurait sur ses enfants.

Sa Fondation Samuel Eto’o, créée en 2006, a également participé à plusieurs autres projets : orphelinats à Douala et Yaoundé, qu’elle parraine, financement d’opérations chirurgicales coûteuses et fourniture de soins de santé aux défavorisés, électrification rurale et actions sociales.

En partenariat avec l’agence des Nations unies pour les réfugiés, le HCR, il a également cherché à attirer l’attention du monde entier sur le sort des personnes déplacées à l’intérieur du Cameroun, du Nigeria et du Tchad à la suite de la crise de Boko Haram.

En 2015, il a organisé une collecte de fonds à Londres, dont les recettes – qui seraient de l’ordre de 75 000 dollars – ont été versées aux camps de réfugiés et aux ONG sur le terrain.

Drogba : celui qui calme la tempête

Une fois de plus, une guerre civile a servi de toile de fond à l’intervention d’un footballeur superstar.

Les combats en Côte d’Ivoire avaient déchiré la nation ouest-africaine et faisaient rage depuis trois longues années. Didier Drogba a tenu le discours sincère qui est maintenant largement considéré comme le tournant.

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Les Éléphants, qui comptent dans leurs rangs une génération dorée de footballeurs parmi les meilleurs de tous les temps, ont décroché leur qualification pour la Coupe du monde 2006, une première dans l’histoire du pays. Si cette grande victoire a suscité la joie, un message plus important a été transmis dans le ventre du stade El Merriekh d’Omdurman.

Le fait que ce soit Drogba qui ait délivré ce message était significatif. Le joueur le plus populaire du pays avait l’aura nécessaire à ce momentpour parler à la Côte d’Ivoire. Il s’est tourné vers la caméra, s’est adressé à ses compatriotes et a plaidé pour la fin de la violence.

« Nous avons prouvé aujourd’hui que tous les Ivoiriens peuvent coexister et jouer ensemble avec un objectif commun : se qualifier pour la Coupe du monde », a-t-il commencé. « Nous vous avons promis que cette célébration allait unir le peuple. Aujourd’hui, nous vous supplions, à genoux, de pardonner. Pardonnez, pardonnez ».

Il a également appelé à un retour à la démocratie, demandant la tenue d’élections, avant de se mettre à chanter avec ses coéquipiers.

Cette sortie de Drogba est devenue un incontournable de la télévision ivoirienne dans les semaines et les mois qui ont suivi, et a finalement ouvert la voie à une rencontre entre les deux parties et à la signature d’un cessez-le-feu.

Il a poussé les choses un peu plus loin. En 2017, lors d’une tournée dans le Nord tenu par les rebelles, il a annoncé unilatéralement que le match de qualification de la Coupe d’Afrique des éléphants contre Madagascar se tiendrait, non pas à Abidjan, mais à Bouaké, considéré comme un bastion des rebelles. C’était un geste symbolique qui renforçait encore l’unité naissante entre les parties belligérantes.

En reconnaissance de ses contributions dans le domaine de la défense des droits sportifs, Didier Drogba a été nommé vice-président de l’organisation à but non lucratif Peace and Sport après avoir pris sa retraite du football professionnel.

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